Benjamin RUTABANA est né en 1970 dans la préfecture de Kibuye, région tristement connue pour être l'une des plus dévastées par le Génocide de 1994. Il est le benjamin d'une famille de 9 enfants, six garçons et trois filles. Son père était pasteur de l'église Adventiste et sa mère vaquait aux occupations d'une rwandaise de la campagne.

Très tôt, le jeune Benjamin manifeste son intérêt pour la musique. A 14 ans, il interprète une de ses compositions devant un public enthousiaste dans le stade régional de Kigali. Cependant, son père l'incite à terminer ses études à l'Ecole Agricole et Forestière de Nyamishaba, avec raison car c'est un étudiant studieux et brillant.

En octobre 1990, alors qu'il est étudiant en dernière année, Ben est arrêté et emprisonné pendant six mois, accusé de complicité avec le FPR (Front Patriotique Rwandais, ex rébellion contre la dictature de feu Habyarimana). Libéré en mars 1991, marqué et endurci par cette épreuve, il prend le maquis pour rejoindre les camps du FPR retranchés au Burundi et en Ouganda.

Au cours de cette même année, il écrit deux chansons qui marquent le début de sa carrière : « Iyambere Ukwakira » (« le 1er octobre ») qui devient l'emblème de la révolution FPR et « Africa », où il chante la bravoure des héros africains.

Au lendemain de la victoire du FPR fin 1994, Ben blessé par balles au cours des combats est démobilisé. Sa mère, deux de ses frères et la plupart des membres de la famille restée au Rwanda ont été tués pendant la guerre. Il quitte l'armée en 1995 avec le grade de sous-lieutenant. Il dit de cette période : « J'ai fait la guerre car je m'y sentais obligé mais il n'y a rien de bon dans la guerre ». Il sera dorénavant un combattant chantant pour la paix.

En 1996, avec des moyens techniques très réduits, Ben enregistre son premier album «Ijuru ry'Intwari » (« le paradis des Héros »). Le titre « Africa » est un succès, plébiscité par une jeunesse traumatisée par le Génocide, en quête de paix et de nouveaux modèles politiques. En 1998, sa rencontre avec Albert Bryon Rudatsimburwa, musicien rwando-belge récemment installé au Rwanda avec son home studio, sera décisive. A cette époque, Ben joue avec son groupe « Horizons Band » deux fois par semaine au Cercle Sportif de Kigali.

Albert vient souvent « jammer ». Il propose à Ben d'enregistrer quelques titres en studio. Trois morceaux connaissent rapidement le succès et sont diffusés à longueur de journée à la radio. La TVR (Télévision nationale rwandaise) lui propose alors de réaliser trois clips, dont l'un sera censuré dès sa première diffusion, sous pression de l'Eglise catholique à cause des images fustigeant l'attitude de celle-ci durant le Génocide. Ces passages à la télé ont cependant renforcé le statut de vedette nationale de l'artiste, adulé par un publique de 7 a77 ans. Ben se produit alors en concert dans tout le pays, attirant un public sans cesse grandissant.

En 2000, Ben faussement accusé de comploter avec des cercles monarchiste, harcelé par certains services de la police et menacé d'arrestation se réfugie en Tanzanie. Mais il est interpellé et rapatrié de force au Rwanda pour y être emprisonné par la justice militaire. Ben subit un emprisonnement de six mois. Puis est relâché après avoir été blanchi de toute accusation.

Dès le lendemain, Ben se retrouve sous le coup d'une censure liée à un excès de zèle de certains cercles dans le milieu des media publics.

Ben enregistre pourtant son 2ème album avec l'appui de Albert Bryon Rudatsimburwa qui occupe le poste de « Marketing and Brand Manager » chez MTN RwandaCell, société nationale de télécommunication GSM. La notoriété de Ben et ses chansons seront largement utilisées au bénéfice de cette société au Rwanda. « Imbaraga Z'Urukundo » (« la puissance de l'Amour ») sorti en décembre 2001, fruit mûri durant son emprisonnement, est un hymne à la vie et à l'amour universel. Il est dédicacé à sa femme Diane Kibibi qu'il a épousé à sa sortie de prison et à son fils né en mai. Le titre « Africa », extrait du 1er album et remixé, est proclamé disque d'Or 2001 au Rwanda. Il passe en boucle sur toutes les radios et télévision au Rwanda et au Burundi.

Durant l'année 2002, MTN RwandaCell organise plusieurs concerts au pays et Ben est invité à se produire à l'étranger : Burundi, Congo, Angleterre, Belgique, Suisse. En septembre 2003, il sort son 3ème album « Songa M'bele » (« Allez de l'avant »), sur le thème de la paix, financé par la coopération allemande pour le développement (DED). Il s'y exprime dans sa langue maternelle, le kinyarwanda, mais aussi en swahili et en français afin de toucher un large public, au-delà des frontières du Rwanda.

En mars 2004, afin de continuer sa carrière au delà des milles collines, il se résout de rejoindre sa famille à Lille. Il donne dès lors des concerts en Belgique et en France, notamment grâce au soutien de quelques associations promotionnelles ainsi que de la communauté rwandaise de la Diaspora. Observateur attentif des évènements qui se déroulent dans son pays, il mène son combat pour la paix et l'amour, soutenu par son public qui lui reste fidèle tant au Rwanda qu'à l'étranger.

Son 4ème album sort en 2007 sur le marché européen et des Grands Lacs. Distribué uniquement sur le web via VirginMega. « Le retour d'Imana » est 100% reggae et marque une nouvelle étape dans sa carrière. « Imana » signifie Dieu en langue kinyarwanda. Il y chante en français et en anglais.